Au cœur de l’arène (Préambule)

Lorsqu’on l’a vécu une fois, on ne peut s’empêcher d’y remonter. Alors à chaque printemps c’est l’éternelle expédition pour aller voir les pariades des tétras lyre. Ces cérémonies très codifiées, où les coqs se livrent à de réelles joutes se déroulent là haut. Tandis qu’en bas le printemps s’est installé et la nature à repris ses droits, en haut, le froid et la neige ne veulent pas quitter nos montagnes. L’hiver lutte pour survivre, tout est désert, plus un bruit, la plupart des animaux sont redescendus pour profiter de la végétation toute neuve.

Assister aux pariades des tétras lyre, ce n’est pas qu’une partie de plaisir, c’est une épreuve sadique : alors qu’il fait chaud en bas, il faut retourner en hiver, accepter d’avoir à nouveau froid, accepter les vents, la neige, la brume, l’humidité, et aussi accepter les échecs. Il faut aussi savoir renoncer lorsque les conditions ne sont pas bonnes, ou lorsque le manteau neigeux devient instable. Ceux qui me suivent sur Facebook ont pu voir que j’ai dus rebrousser à 4h45 du matin et à seulement 800m de la place de chant, perdu dans le brouillard en pleine nuit, … Parfois il faut être raisonnable et accepter de renoncer, c’est plus prudent ! Mais pour le passionné qui accepte de relever le défi, la récompense d’avoir la chance d’observer ce magnifique spectacle est d’autant plus grande.

Voici quelques chiffres pour cette saison 2014 : 

1h15 du matin : c’est à peu près l’heure à laquelle je me levais pour partir et pouvoir être en place avant 4h30 sur la place de chant

– 4960m de dénivelé positif effectués

54km parcourus et 20h54 de temps de marche

Entre 17kg et 20kg dans le sac à dos. (le matériel photo, l’affût, des vêtements chaud, au début les raquettes, une pelle, à boire, à manger, …)

6 sorties, et une seule qui s’est avérée à peu près payante.

Je ne connais qu’une seule place de chant qui soit assez intéressante pour aller faire de la photo. J’espérais avoir le temps d’en chercher une autre mais les conditions météo (pluie, neige, et encore pluie) ne me l’ont pas permis. Alors pour espérer voir ces superbes oiseaux, je me suis acharné sur cette place. J’ai du me remotiver, voire même me faire violence, lorsque échec après échec il fallait encore se tirer d’un lit douillet dans lequel je dormais depuis à peine 3h pour aller marcher dans le noir, en empruntant toujours le même chemin, bercé au chant des chouettes, et au bruit des ruisseaux dans lesquels déferlent les eaux glaciales de la fonte des neiges.

Et puis, lorsqu’un matin, enfin toutes les conditions sont réunies, et que la chance veut bien être de la partie, j’entends les premiers chants, alors qu’il fait encore nuit, j’observe dans l’obscurité, mes sens sont tous éveillés malgré la fatigue, et enfin je distingue une silhouette sur un névé, avec un ciel nuageux en toile de fond… la partie de plaisir peut commencer !

tétras lyre en pleine nuit

chant d'un tétras lyre en chartreuse— A suivre  —

3 réflexions au sujet de « Au cœur de l’arène (Préambule) »

  1. Bbert

    Non content d’écrire de façon très agréable, tes prises sont sublimes. Très belles silhouettes, tu fais rêver 😀

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